Une épave romaine a livré quelque chose de moins étincelant qu’un trésor et, à sa manière, de tout aussi intéressant : des indices sur le travail qui lui permettait de rester à flot. Imaginez un carnet d’entretien antique, sauf que les documents sont du pollen piégé dans le revêtement collant de la coque. Le mécanicien est indisponible depuis environ deux millénaires.
L’épave est Ilovik–Paržine 1, découverte en 2016 près de l’île croate d’Ilovik et datée du milieu du IIe siècle avant notre ère environ. Une étude publiée le 24 avril dans Frontiers in Materials examine son étanchéité au moyen d’analyses moléculaires, polliniques et statistiques.
Cette matière gluante mérite un peu d’attention
L’équipe a analysé dix échantillons de revêtement. La poix issue du pin en était le principal composant ; un échantillon contenait aussi de la cire d’abeille. Les auteurs rapprochent ce mélange de la zopissa, mentionnée par Pline l’Ancien.
Une préparation qui porte un nom n’est pas automatiquement une marque au sens moderne. Rien ne prouve ici l’existence d’un service marketing romain vendant de la Zopissa™ haut de gamme pendant que les marins comparaient les programmes de fidélité. Le nom relie une découverte matérielle à une description antique ; il ne fournit ni fabricant, ni grille tarifaire, ni campagne publicitaire.
De même, trouver différentes formulations sur une même coque ne prouve pas que l’équipage utilisait délibérément un matériau coûteux aux endroits importants et un matériau bon marché partout ailleurs. C’est une analogie moderne amusante, mais les échantillons ne sont pas accompagnés de factures.
Le pollen laisse des indices, pas des coordonnées GPS
La poix peut préserver du pollen provenant de la végétation environnante. Comparer les traces végétales aide les chercheurs à étudier les lieux où le matériau a été produit ou appliqué. Les résultats suggèrent quatre à cinq lots distincts de revêtement et une possible activité sur différentes rives de l’Adriatique. Un lien avec la région de Brindisi reste une hypothèse, étayée par des recherches antérieures sur le lest.
C’est ce qui rend séduisante la comparaison avec un carnet d’entretien. Une réparation peut involontairement préserver des informations qui dépassent la réparation elle-même. Un matériau choisi pour protéger un bateau peut aussi consigner quelque chose du lieu où l’on a travaillé dessus.
Mais « quatre à cinq lots » ne doit pas devenir quatre ou cinq rendez-vous à l’atelier précisément datés. Une région possible ne doit pas non plus se transformer en quai identifié. Une signature pollinique est un indice à interpréter aux côtés d’autres découvertes, plutôt qu’un repère sur une carte que le navire aurait opportunément laissé aux futurs archéologues.
Pourquoi le travail ordinaire est la partie intéressante
Un trésor fait facilement un titre. L’entretien pose une autre question : que fallait-il faire régulièrement pour que cet objet reste utile ?
Un navire n’est pas terminé, au sens courant, lorsqu’il quitte le chantier naval. Il a une vie de travail. Réfléchir aux revêtements, aux réparations et aux matériaux fait apparaître cette vie, au lieu de considérer le bateau uniquement comme un contenant pour sa dernière cargaison.
Cela change aussi les personnages de l’histoire. Aux côtés des marchands et des capitaines, il y a de la place pour les personnes qui préparaient les matériaux et travaillaient sur la coque. Inutile d’inventer leurs noms ou de reconstituer une journée précise au chantier pour reconnaître le savoir-faire qu’exigeaient leurs tâches.
Les auteurs de l’étude — Armelle Charrie-Duhaut, Quentin Couillebault, Igor Miholjek et Giulia Boetto — réunissent différents types d’indices. C’est cette combinaison qui constitue l’avancée utile : poser davantage de questions à un matériau que l’on pourrait autrement écarter comme un simple résidu.
Une meilleure question que « Où est l’or ? »
L’intérêt n’est pas que cette seule épave nous offre un atlas complet de la navigation, ni que son revêtement soit le plus ancien registre d’entretien au monde. Aucune de ces affirmations n’est nécessaire pour rendre la découverte captivante.
Elle offre une image plus nuancée d’un navire antique en activité. Certaines conclusions restent provisoires, et d’autres épaves nécessiteraient leur propre enquête. C’est ainsi qu’une méthode intéressante fait ses preuves : en produisant des indices que l’on peut tester, comparer et affiner.
Le chat préférerait presque certainement un objet qu’il pourrait faire tomber d’une table d’un coup de patte. Les archéologues ont choisi des résidus collants et du pollen. Cette fois, l’option la moins photogénique raconte la meilleure histoire.
Traduction française de l’article original en anglais du 2026-04-28. Traduction réalisée avec l’aide de l’IA le 2026-11-02 ; les références temporelles restent celles de l’original.




