Un film perdu de Méliès a ramené un automate de 1897 à l’écran

Illustration of two stylized cats beside vintage cinema equipment.

Un cultivateur de pommes de terre de Pennsylvanie transportait un projecteur de petite ville en petite ville pour montrer cette étrange nouvelle technologie appelée cinéma. Ses films se sont transmis dans sa famille, conservés pendant des générations. Son arrière-petit-fils, Bill McFarland, a fini par apporter les bobines abîmées à la Bibliothèque du Congrès. Parmi elles figurait un film longtemps considéré comme perdu. Pour une vieille boîte, c’est une issue bien meilleure que « nous pensions que c’était probablement bon à jeter ».

Le film s’appelle Gugusse et l’Automate. Georges Méliès l’a réalisé en 1897. La Bibliothèque du Congrès a annoncé sa redécouverte en février, en le présentant comme la première apparition d’un robot à l’écran. Plus précisément, son personnage indiscipliné est un automate : un interprète mécanique de forme humaine, créé des décennies avant que « robot » ne devienne le mot courant. C’est un très ancien ancêtre cinématographique d’un problème dont la science-fiction se délecte encore.

L’indice était une étoile peinte

La technicienne d’archives Courtney Holschuh examinait les bobines au Centre national de conservation audiovisuelle de la Bibliothèque. Le travail consistait à séparer et à inspecter une pellicule fragile, un processus bien plus délicat que de pointer un téléphone vers un vieux projecteur. Les bobines étaient endommagées et l’identification de leur contenu a demandé un examen patient.

Une étoile peinte sur un piédestal a fourni un indice menant à la société Star Film de Méliès. Méliès a réalisé plus de cinq cents films, dont beaucoup ont été perdus. Mais celui-ci n’est pas le seizième exemplaire survivant : le récit de février de la Bibliothèque indique qu’environ trois cents de ses films sont connus pour exister encore. En redécouvrir un reste remarquable sans faire presque disparaître l’ensemble de l’œuvre conservée dans le récit.

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Ce qui se passe en moins d’une minute

Le catalogue de la Bibliothèque décrit un affrontement merveilleusement condensé. Gugusse actionne une manivelle, faisant bouger et grandir le personnage sur le piédestal. Celui-ci se met alors à bouger tout seul et le frappe avec un bâton. Gugusse riposte avec un marteau, et le personnage rapetisse à chaque coup jusqu’à disparaître. Le manuel de réparation de cette machine consiste apparemment en une seule image d’un très gros marteau.

Le plaisir est dans la transformation : un interprète semble changer de taille dans un décor théâtral unique. Méliès a contribué à développer le langage du cinéma à trucages, utilisant actions mises en scène et coupes pour faire advenir l’impossible. Le présenter comme l’unique inventeur de chaque coupe ferait oublier l’histoire collective et expérimentale des débuts du cinéma. Sa contribution n’a pas besoin de cette couronne supplémentaire.

Pourquoi cela compte plus qu’on ne le pense

Il est tentant de tracer une ligne droite entre ce petit automate et toutes les machines rebelles du cinéma. La ressemblance est amusante ; une filiation directe est plus difficile à établir. Les récits de créations échappant à leurs créateurs étaient déjà anciens, et Frankenstein de Mary Shelley est paru en 1818, bien avant ce film. Nous avons ici une version cinématographique précoce d’une idée durable, racontée avec la magnifique subtilité d’un coup de bâton sur la tête.

L’angoisse est là, dans le cadre. Vous construisez une chose. Vous la remontez. La chose vous attaque. Un siècle plus tard, les cinéastes peuvent consacrer des trilogies entières à développer ce schéma. Gugusse règle la conversation difficile avant même que la plupart des logos de studios modernes aient fini d’apparaître.

Le problème du nitrate

La pellicule nitrate nécessite une conservation spécialisée, car elle peut se dégrader et présente un grave risque d’incendie. Une vieille bobine n’est pas à tester dans un projecteur domestique pour voir si elle fonctionne encore. La restauration de la Bibliothèque rend le contenu visible sans faire défiler à répétition la fragile copie physique. C’est l’une des conditions les moins glamour derrière le geste apparemment sans effort d’appuyer sur lecture.

L’œuvre conservée de Méliès est dispersée dans des copies aux histoires et aux états différents. La réussite utile consiste ici à retrouver ce film précis et à le rendre accessible, pas à prétendre que chaque bobine survivante est impeccable. Rayures et détails manquants peuvent témoigner du parcours d’un objet.

On retrouve un plaisir voisin dans la bague anglo-saxonne découverte dans le Lincolnshire (en anglais) : un petit objet peut rouvrir une histoire bien plus vaste. Le trouver n’est que le début. Déterminer ce qu’il est, et ce qu’on peut raisonnablement en dire, demande le travail moins cinématographique qui vient ensuite.

La véritable histoire était celle du cultivateur de pommes de terre

William Frisbee était agriculteur, enseignant et exploitant de cinéma itinérant. Sa collection rappelle que le cinéma des débuts devait rejoindre physiquement son public : quelqu’un transportait le matériel, trouvait un lieu et organisait une séance. Les films faisaient partie d’une activité de divertissement bien réelle avant de devenir des trésors d’archives. Un projecteur a nettement moins de charme quand c’est à vous de le déplacer.

La décision de la famille de conserver ces éléments a compté. Trouver une institution capable de les identifier et de les préserver aussi. Aucune de ces étapes ne remplace l’autre. Une boîte peut survivre pendant des générations sans que son contenu devienne accessible, et une archive ne peut pas restaurer une bobine que quelqu’un a déjà jetée.

Regardez-le : c’est gratuit

Vous pouvez regarder gratuitement le film numérisé sur le site de la Bibliothèque. Le catalogue indique une durée d’environ une minute. Sa brièveté fait partie du charme : mise en place, rébellion, escalade des coups de marteau, sortie. Nulle scène après le générique n’est nécessaire pour expliquer l’avenir de l’automate dans un univers partagé.

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Les anciens trucages visuels continuent de trouver de nouveaux publics. Le retour de l’animation rubber hose dans les jeux (en anglais) en offre un autre exemple. Ces œuvres viennent d’époques et de techniques différentes, mais toutes deux invitent le spectateur moderne à apprécier un langage visuel qui ne vise pas le réalisme photographique. Un mouvement manifestement impossible peut constituer tout l’attrait.

Ce que peut contenir une vieille boîte

Une bobine non identifiée est une question, pas la garantie d’un autre chef-d’œuvre. La découverte est enthousiasmante précisément parce que sa valeur n’était pas évidente à partir du contenant. Une identification attentive transforme un objet anonyme en quelque chose que l’on peut étudier, regarder et apprécier. Il y a de la place pour l’émerveillement sans prédire ce que doit contenir chaque morceau de pellicule restant.

Avant qu’une vieille boîte ne parte à la poubelle, il peut être utile de se demander ce qu’elle contient. Dans ce cas, la réponse comprenait un magicien, un automate insubordonné et un très gros marteau. Les débarras familiaux ont déjà réservé de pires surprises.

Traduction française de l’article original en anglais du 2026-04-18. Traduction réalisée avec l’aide de l’IA le 2026-11-02 ; les références temporelles restent celles de l’original.

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