Un libraire fondé autour des livres d’occasion se tourne vers eux pour écrire son prochain chapitre. Pour Gibert, c’est moins une réinvention spectaculaire qu’un retour à un très vieux marque-page.
Le groupe français a été placé en redressement judiciaire le 28 avril. Il propose de donner davantage de poids aux livres d’occasion, une activité qui appartient à ses origines. Cette séduisante symétrie ne doit pas masquer la difficulté : une belle histoire de redressement n’est pas la même chose qu’un redressement accompli.
Ce que le redressement change à l’histoire
Livres Hebdo rapporte que le tribunal des activités économiques de Paris a approuvé le redressement, l’entreprise souhaitant poursuivre son activité. Le groupe décrit dans l’article compte 16 magasins dans 12 villes et environ 500 salariés. Il ne s’agit pas d’une annonce de fermeture de tous les magasins.
Le même article donne pour ambition à l’entreprise de faire passer le chiffre d’affaires de l’occasion de 30 à 60 millions d’euros d’ici 2029. C’est un objectif, pas de l’argent déjà gagné ni un résultat garanti. Il décrit aussi des perturbations pour les fournisseurs, rappelant que les conséquences dépassent les seules personnes qui parcourent les rayons.
Il serait prématuré d’écrire aussi bien la nécrologie que le discours de victoire. La question utile est de comprendre pourquoi cette entreprise précise pense que son activité de livres d’occasion offre une voie pour avancer.
L’idée est plus ancienne que l’expression « économie circulaire »
Selon l’histoire racontée par Gibert, Joseph Gibert est arrivé à Paris en 1886 et a commencé avec quatre boîtes de bouquiniste sur le quai Saint-Michel. En 1888, il a ouvert une boutique au 23 quai Saint-Michel, spécialisée dans les livres scolaires d’occasion. La séparation ultérieure entre Gibert Joseph et Gibert Jeune date de 1929.
Ces débuts donnent au projet actuel une trame remarquablement cohérente. Un livre peut quitter un lecteur, entrer dans une boutique et trouver quelqu’un d’autre qui le désire. Le produit n’a pas cessé de fonctionner parce que quelqu’un en a déjà lu la fin.
Il y a évidemment des exceptions. Un cahier d’exercices dont toutes les réponses sont remplies a subi un changement de fonction assez important. Et un vieux manuel peut avoir un problème plus sérieux qu’un dos froissé. « D’occasion » renseigne sur la propriété ; cela ne dit pas tout de l’utilité.
Pourquoi ce pari peut séduire les lecteurs
Pour qui flâne, les rayons d’occasion offrent une autre forme de découverte. On peut chercher un titre et trouver à côté un roman oublié depuis longtemps, ou tomber sur une édition qu’une table de nouveautés ne nous aurait jamais fait connaître.
Le prix peut aussi aider à tenter un auteur inconnu. Cela ne promet pas que chaque exemplaire d’occasion soit une bonne affaire : l’état, l’édition, les frais de livraison et le prix d’un exemplaire neuf comptent toujours. Le plaisir est d’avoir une autre possibilité, de préférence sans avoir besoin d’un tableur pour décider de lire un roman.
On retrouve une idée semblable dans l’attrait des librairies indépendantes (en anglais) : une boutique peut offrir la rencontre fortuite autant que l’article précis que l’on venait acheter. Ni le charme ni la découverte ne paient automatiquement le loyer. Ce sont des raisons qui peuvent donner envie de pousser la porte.
Un produit familier a toujours besoin d’une entreprise qui fonctionne
Doubler les ventes est une ambition considérable. Acheter, évaluer, organiser, fixer les prix et vendre un stock d’occasion demande du travail ; l’ancien propriétaire n’a pas la gentillesse de tout faire avant de remettre son sac. Une boutique doit aussi mettre les livres qu’elle reçoit en relation avec des lecteurs qui en veulent vraiment.
C’est pourquoi la nostalgie ne peut porter cette histoire que jusqu’à un certain point. Le retour aux racines de Gibert a du sens sur le plan de l’identité. Sa réussite comme stratégie de redressement dépend de sa mise en œuvre.
Pour l’instant, le projet offre une idée porteuse d’espoir sans dénouement assuré : les livres n’ont pas besoin d’être neufs pour mériter un autre lecteur, et une vieille idée de libraire peut encore avoir quelque chose à dire. Le prochain chapitre n’est pas encore imprimé.
Traduction française de l’article original en anglais du 2026-05-04. Traduction réalisée avec l’aide de l’IA le 2026-11-02 ; les références temporelles restent celles de l’original.




